Zeinab Camara
Prénom
Zeinab
Nom
Camara
Date de naissance
Pays de naissance
Guinée

Zeinab Camara, née le 27 janvier 1981 à Conakry, est une femme politique, activiste et entrepreneuse guinéenne qui a marqué la scène publique de son pays par son engagement multiforme en faveur du développement et de l'autonomisation des jeunes et des femmes. Formée en relations internationales et en management public en Angleterre où elle a travaillé pour le National Health Service, elle rentre en Guinée en 2009 pour servir dans divers postes stratégiques, notamment comme cheffe de cabinet du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, avant de devenir députée de la préfecture de Boffa entre 2020 et 2021, mandat durant lequel elle occupe le poste de deuxième questeur à l'Assemblée nationale.

Passionnée de football et convaincue du sport comme vecteur de promotion sociale, elle fonde en 2017 le Fatala Football Club et l'académie Ortega à Boffa, offrant aux jeunes garçons et filles une double opportunité de formation sportive et scolaire, tandis qu'en 2014, elle crée Women in Mining, organisation par laquelle elle mobilise trois millions de dollars durant l'épidémie d'Ebola pour soutenir les communautés guinéennes. Après avoir été poursuivie par la CRIEF en 2022 pour diverses accusations liées à sa fonction de députée, elle est finalement acquittée en 2024 et continue de défendre une vision fédéraliste pour la gouvernance guinéenne, s'inspirant des traditions historiques comme la Charte du Kouroukan Fouga.

Introduction

Zeinab Camara voit le jour le 27 janvier 1981 à Conakry, capitale de la Guinée. Issue de la bourgeoisie guinéenne et originaire de la préfecture de Boffa, elle hérite d'un patrimoine politique familial remarquable. Son grand-père, El Hadj Saliou Coumbassa, figure politique éminente sous la présidence de Sékou Touré, occupa le poste de ministre de la Justice avant d'être emprisonné durant neuf années dans le tristement célèbre camp Boiro. Cette filiation politique marquera profondément son engagement futur, comme elle l'affirme elle-même : "Je n'ai pas un passé de militante, c'est vrai. Mais chez moi, la politique n'est pas une envie soudaine. J'ai été biberonnée à cela."

Son adolescence se partage entre plusieurs horizons internationaux. Son père, diplomate, l'emmène au Caire, tandis que sa mère réside en France. Cette exposition précoce à différentes cultures forge sa vision cosmopolite. Dès l'âge de quinze ans, elle travaille comme serveuse au Pizza Hut de Villetaneuse, en région parisienne, démontrant déjà une détermination et une indépendance remarquables.

C'est finalement en Angleterre qu'elle construit son parcours académique. À Leicester, au nord de Londres, elle décroche une licence en relations internationales avec une mention spécialisée en affaires politiques américaines à l'Université De Montfort. Elle poursuit ensuite avec un master en gouvernance et administration publique, plus précisément en management public stratégique, à la Leicester Business School de l'université de Leicester. Cette formation anglo-saxonne lui confère une expertise précieuse en gestion des affaires publiques et en relations internationales.

Expérience Professionnelle au Royaume-Uni

Une fois diplômée, Zeinab Camara intègre le système de santé publique britannique, le National Health Service (NHS), où elle exerce comme coordinatrice de programme pour la région des Midlands de l'Est. Cette expérience au sein d'une institution publique majeure lui permet d'acquérir des compétences solides en coordination et en gestion de projets d'envergure. Cependant, malgré la stabilité professionnelle qu'offre cette position, son cœur reste tourné vers son pays natal.

Retour en Guinée et Engagement pour le Développement

Fin 2008, alors que la Guinée traverse une période d'incertitude politique marquée par la maladie et les apparitions de plus en plus rares du président Lansana Conté, Zeinab Camara prend la décision de rentrer au pays. "La Guinée était en pleine instabilité, mais je considérais que le moment était venu," explique-t-elle. Son retour est programmé pour le 22 décembre 2008, jour même où le président de l'Assemblée nationale annonce le décès de Lansana Conté. Les frontières se ferment, les vols sont annulés, et le pays plonge dans le chaos. Deux jours plus tard, Moussa Dadis Camara s'autoproclame président. Malgré ces circonstances tumultueuses, elle rejoint finalement Conakry en janvier 2009.

De retour en Guinée, elle s'implique activement dans le Cercle de réflexion et d'action pour la nation (CRAN), un think-tank créé en 2009 par des jeunes Guinéens de la diaspora. Amara Somparé, ministre de l'Information et de la Communication avec lequel elle collabore, témoigne de son engagement : "Zeinab est une femme très ambitieuse et quand elle s'inscrit dans une cause, elle le fait à mille pour cent."

En 2009, elle intègre le ministère de la Décentralisation et du Développement local, puis devient conseillère technique du chef de cabinet de la présidence. En 2011, la multinationale minière Rio Tinto lui propose un premier poste qu'elle refuse catégoriquement. "L'activiste que je suis a préféré décliner. Je connaissais les effets négatifs de l'extraction minière, je leur ai dit que le privé ne m'intéresse pas," raconte-t-elle. Cependant, le groupe australien revient avec une proposition mieux adaptée à ses convictions : coordinatrice des relations avec les communautés locales. Elle accepte ce rôle qui lui permet de concilier secteur privé et engagement social.

Par la suite, Zeinab Camara occupe le poste stratégique de cheffe de cabinet au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique de la Guinée. Dans cette fonction, elle s'investit particulièrement sur la question de l'employabilité des jeunes guinéens. Lors d'une intervention sur BBC Afrique dans l'émission Cash Eco en juillet 2019, elle présente les initiatives gouvernementales en faveur de l'insertion professionnelle des diplômés, tout en faisant la promotion du tissu local "Kendily". Elle encourage notamment les bacheliers à choisir les branches techniques pour améliorer leurs perspectives d'emploi dans un contexte où le taux de chômage avoisine les soixante pour cent selon l'Institut National de la Statistique.

Elle siège également au conseil d'administration d'Africa 2.0 et du club des mines de Guinée, consolidant ainsi son réseau professionnel et son influence dans les secteurs clés du développement guinéen.

Activisme Social et Engagement Communautaire

Women in Mining

En mars 2014, Zeinab Camara fonde Women in Mining, une organisation dédiée à la promotion des femmes dans l'industrie minière guinéenne. Cette initiative témoigne de sa volonté de briser les barrières de genre dans un secteur traditionnellement masculin. Son leadership se manifeste de manière éclatante lors de l'épidémie d'Ebola qui frappe durement la Guinée. Grâce à sa capacité de mobilisation exceptionnelle, elle rassemble trois millions de dollars américains en logistique et apport financier destinés aux communautés, à l'État et aux acteurs du développement. Cette action d'envergure démontre son efficacité opérationnelle et son engagement envers les populations vulnérables.

Fatala Football Club

Passionnée de football depuis son enfance au Royaume-Uni, berceau du ballon rond, Zeinab Camara crée en 2017 le Fatala Football Club à Boffa. Cette initiative vise à offrir aux jeunes, garçons et filles, un moyen de s'épanouir par le sport. "Le football est bel et bien un secteur de promotion pour les plus jeunes," affirme-t-elle avec conviction. Elle rachète pour une somme symbolique le club préfectoral de Boffa, profitant de la nouvelle politique de la FIFA.

Son projet va bien au-delà du simple encadrement sportif. Elle crée l'académie de football Ortega, rattachée au Fatala FC, qui accueille des enfants et pré-adolescents de six à quatorze ans. La scolarisation est obligatoire pour tous les jeunes de l'académie. "On leur dit, vous avez au moins deux options, soit vous devenez des footballeurs professionnels, ou bien, si vous ne le pouvez pas, vous avez au moins la formation pour avoir une insertion socio-professionnelle décente," explique-t-elle. Cette approche holistique combat le décrochage scolaire tout en développant les talents sportifs.

Le club évolue en deuxième division, ce qui permet, selon sa présidente, de structurer le projet progressivement avant d'atteindre le championnat national. Son ambition est claire : "Dans cinq ans, je veux que l'académie soit une référence dans la sous-région." Elle cite Naby Keïta, star guinéenne internationale et milieu offensif de Liverpool, comme référence pour inspirer les jeunes. Son rêve est de "produire trois, quatre ou cinq Naby Keïta pour le futur du football guinéen."

Autres Engagements Associatifs

Zeinab Camara préside également l'ONG Leadership des jeunes pour le développement de Boffa et exerce les fonctions de mentor pour les J-Awards Guinée. Ces multiples responsabilités reflètent son engagement multidimensionnel pour l'épanouissement de la jeunesse guinéenne et particulièrement celle de sa région d'origine.

Carrière Politique et Mandat Parlementaire

Élections Législatives de 2020

En 2020, Zeinab Camara franchit une étape décisive dans sa carrière en se présentant aux élections législatives dans sa ville d'origine, Boffa, sous les couleurs du RPG Arc-en-ciel (Rassemblement du Peuple de Guinée), le parti au pouvoir. Bien qu'elle n'ait pas un passé de militante zélée, ses actions concrètes sur le terrain ont retenu l'attention des cadres du parti. Un cacique du RPG explique : "À Boffa, Zeinab Camara était le choix le plus crédible pour le RPG. Nous avions remarqué ses actions sur le terrain. Elle avait par exemple créé un mouvement pour les jeunes et s'était intéressée au développement des infrastructures dans cette zone minière."

C'est depuis Boffa que le président Alpha Condé avait appelé les jeunes à aller voter en février 2020, leur promettant la mise en place d'un fonds consacré à la jeunesse et l'insertion professionnelle. Le lancement officiel de la campagne de Zeinab Camara a lieu le premier février 2020 à Koba, dans une ambiance grandiose au stade de Koba Tatéma. Elle est accueillie "en héroïne" et "en digne fille" par une foule en liesse, accompagnée de membres du gouvernement et de cadres du RPG. Un concert géant gratuit avec des artistes locaux et comédiens est offert à la population.

Au scrutin uninominal du 22 mars 2020, elle affronte un seul concurrent, le candidat de l'Union Démocratique de Guinée (UDG) de Mamadou Sylla. Elle remporte l'élection dès le premier tour avec cinquante-huit pour cent des voix, malgré le contexte difficile marqué par le boycott du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) et les violences liées à la pandémie de Covid-19.

Activité Parlementaire

Entre avril 2020 et septembre 2021, Zeinab Camara siège à l'Assemblée nationale guinéenne comme députée de la préfecture de Boffa. Elle occupe le poste de deuxième questeur au sein du parlement, une fonction administrative importante dans la gestion de l'institution. Vêtue d'un grand boubou jaune brodé lors de l'installation de la nouvelle Assemblée le 21 avril 2020, la trentenaire détonne dans les couloirs de l'hémicycle par sa jeunesse et son dynamisme.

Durant son mandat, elle s'implique activement sur le plan social pour la promotion des jeunes et l'engagement féminin à Boffa. Elle défend également les positions du gouvernement face aux critiques, notamment dans une tribune intitulée "Et si le CESA et l'opposition (FNDC) aident à désamorcer les esprits" publiée en mai 2020. Dans ce texte, elle conteste les analyses du Centre d'Études Stratégiques de l'Afrique (CESA) sur la situation politique guinéenne et défend la légitimité du référendum constitutionnel et des élections législatives de mars 2020.

Réflexions sur le Fédéralisme

En mars 2023, après la transition politique qui suit le coup d'État militaire de septembre 2021, Zeinab Camara publie une contribution majeure intitulée "Réforme Constitutionnelle en Guinée : Et si la Solution se trouvait dans le Fédéralisme ?". Dans ce texte dense, elle propose le fédéralisme comme réponse structurelle aux problèmes récurrents de gouvernance en Guinée. Elle critique le "présidentialisme omniprésent et omnipotent" qui a caractérisé tous les régimes guinéens depuis l'indépendance et plaide pour une décentralisation effective du pouvoir. Elle s'appuie sur des références historiques comme la Charte du Kouroukan Fouga de 1236 et les Diwés du Foutah pour démontrer que les structures fédératives sont ancrées dans les traditions guinéennes. Cette contribution témoigne de sa réflexion approfondie sur l'avenir institutionnel de son pays.

Poursuites Judiciaires et Acquittement

Le vendredi 30 décembre 2022, les magistrats instructeurs de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) émettent un mandat d'arrêt contre Zeinab Camara. Elle est poursuivie, aux côtés d'autres anciens députés, pour des accusations graves incluant le détournement de deniers publics, l'enrichissement illicite, le blanchiment de capitaux, la corruption dans les secteurs public et privé, la prise illégale d'intérêt et la complicité.

Durant la procédure, en juillet 2023, la chambre de jugement de la CRIEF lui accorde l'autorisation de quitter le territoire national pour une période d'un mois pour des raisons familiales, décision annoncée par le juge Francis Kova Zoumanigui. Après deux années de procès, la CRIEF finit par l'acquitter et la renvoyer des fins de la poursuite pour tous les faits qui lui étaient reprochés. Cet acquittement marque la fin d'une épreuve judiciaire difficile et permet à l'ancienne députée de retrouver sa liberté totale.

Reconnaissance et Distinctions

Le parcours et l'engagement de Zeinab Camara ont été salués par plusieurs distinctions. Elle reçoit le prix de meilleurs espoirs féminins lors de la nuit de l'excellence de la femme organisée par le groupe Gnouma Communication dans sa quatorzième édition. En 2014, le Women Empowerment Network lui décerne le prix de l'excellence, reconnaissant ainsi son action en faveur de l'autonomisation des femmes guinéennes.

Héritage et Vision

Zeinab Camara incarne une génération de leaders guinéens formés à l'international qui choisissent de rentrer au pays pour contribuer à son développement. Son parcours illustre la diversité des engagements possibles : secteur public, industrie minière, société civile, sport et politique. Sa conviction profonde que le développement doit être endogène et inclusif la pousse à multiplier les initiatives, particulièrement en faveur de la jeunesse et des femmes.

Déterminée et volontariste, elle représente une nouvelle forme de leadership africain, capable de naviguer entre les sphères internationales et les réalités locales, entre action de terrain et réflexion stratégique. Son engagement pour le football féminin et masculin, son militantisme pour la place des femmes dans le secteur minier, et ses réflexions sur la gouvernance fédérale témoignent d'une vision globale du développement guinéen.

Aujourd'hui, Zeinab Camara continue d'œuvrer pour la transformation de la Guinée, portée par la conviction que les jeunes et les femmes sont les véritables moteurs du changement. Son ambition de faire de l'académie Ortega une référence sous-régionale et sa réflexion approfondie sur les structures institutionnelles du pays démontrent qu'elle reste une actrice engagée pour l'avenir de la Guinée.