Karamo Kaba est un économiste et banquier central guinéen qui occupe depuis décembre 2021 le poste de Gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), institution dont il est le 16ème dirigeant. Docteur en économie de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et détenteur d'un Master 2 en Banque et Finance de cette même institution, il possède également la certification de Certified International Investment Analyst (CIIA) délivrée par la Société Française des Analystes Financiers.
Sa carrière professionnelle s'est construite essentiellement en France, où il a occupé pendant près de deux décennies des postes stratégiques dans le secteur financier, notamment comme directeur de la recherche économique chez ECOFI Investissements de 2003 à 2021, après avoir exercé comme économiste chez InVivo et gestionnaire de portefeuille chez ACOFI Gestion.
À la tête de la BCRG depuis l'ère du CNRD, Karamo Kaba s'est distingué par une politique monétaire visant la stabilisation du franc guinéen, l'application stricte des règles de rapatriement des devises d'exportation, et son implication dans les négociations du projet minier Simandou, tout en accédant en 2024 à la présidence du Comité des Gouverneurs de la Zone Monétaire de l'Afrique de l'Ouest (ZMAO), consacrant ainsi son rayonnement régional.
Introduction
Karamo Kaba incarne le profil d'un technocrate africain de haut niveau, dont le parcours illustre la trajectoire d'une élite économique formée en Occident et revenue servir son pays dans un contexte de profonde transformation politique. Titulaire d'un doctorat en économie de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et fort d'une carrière de près de vingt ans dans la finance française, cet économiste stratégiste a été propulsé en décembre 2021 à la tête de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), devenant ainsi le 16ème gouverneur de cette institution.
Nommé quelques mois après le changement institutionnel du 5 septembre 2021 qui a porté le CNRD au pouvoir, Karamo Kaba s'est rapidement imposé comme une figure centrale de la politique économique guinéenne, marquant son mandat par des réformes ambitieuses : stabilisation du franc guinéen, exigence de rapatriement des devises d'exportation, négociation du méga-projet Simandou, et accession à la présidence de la Zone Monétaire de l'Afrique de l'Ouest (ZMAO).
Son action, saluée pour ses résultats macroéconomiques dans un contexte international difficile, reste néanmoins entachée de controverses liées à la transparence de certaines opérations et à la gestion de crises comme celle des liquidités bancaires de 2025, faisant de lui une personnalité à la fois respectée et contestée dans le paysage économique guinéen.
Formation et Débuts de Carrière
Karamo Kaba incarne le parcours d'un économiste guinéen de haut niveau, formé dans l'une des institutions académiques les plus prestigieuses de France. Titulaire d'un Master 2 en Banque et Finance de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il a poursuivi ses études jusqu'au doctorat en Économie dans cette même institution. Sa formation s'est enrichie d'une certification internationale de premier plan : le diplôme de Certified International Investment Analyst (CIIA), délivré par la Société Française des Analystes Financiers (SFAF).
Son parcours professionnel en France témoigne d'une expertise progressive dans les domaines de l'économie et de la finance. Il a d'abord exercé comme économiste chez InVivo, l'Union Nationale des Coopératives Agricoles Françaises, avant de rejoindre ACOFI Gestion en tant que gestionnaire de portefeuille et analyste financier. C'est toutefois chez ECOFI Investissements qu'il va construire l'essentiel de sa carrière française, occupant pendant près de deux décennies, de 2003 à 2021, les fonctions d'économiste stratégiste puis de directeur de la recherche économique.
Nomination à la Tête de la BCRG
En décembre 2021, quelques mois après le changement institutionnel du 5 septembre 2021, Karamo Kaba est nommé 16ème Gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG). Cette nomination intervient dans un contexte politique particulier, marqué par l'arrivée au pouvoir du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) sous la direction du Colonel Mamadi Doumbouya.
Dès sa prise de fonction, le nouveau gouverneur s'inscrit dans une logique de renforcement de la gouvernance et de respect strict de la réglementation. En mars 2022, il adresse une lettre circulaire rappelant aux exportateurs guinéens les obligations de rapatriement des devises, avec des délais et proportions variant selon les secteurs d'activité.
Politique Monétaire et Stabilisation du Franc Guinéen
L'une des réalisations les plus remarquées du mandat de Karamo Kaba concerne l'appréciation du franc guinéen face aux devises étrangères. Lors de la cérémonie des vœux de janvier 2023, le gouverneur soulignait que cette performance constituait l'un des succès les plus concrets depuis le changement institutionnel de septembre 2021. Sous sa direction, la BCRG a réussi à maintenir un taux d'inflation relativement maîtrisé dans un contexte international difficile, passant de 12,6% en 2021 à 12,7% en 2022, alors que l'Afrique subsaharienne connaissait une accélération plus marquée.
En mars 2025, lors d'une visite du Premier ministre Amadou Oury Bah à la BCRG, Karamo Kaba se félicitait de la performance exceptionnelle de la monnaie guinéenne, affirmant que depuis septembre 2021, le franc guinéen était devenu l'une des monnaies les plus fortes au monde face au dollar américain.
Réformes Structurelles et Rapatriement des Devises
La question du rapatriement des recettes d'exportation constitue un axe majeur de l'action de Karamo Kaba. En août 2023, il défendait fermement l'instruction présidentielle exigeant le rapatriement de 50% des recettes minières, mesure entrée en vigueur le 1er septembre 2023. Pour le gouverneur, cette décision visait à renforcer les réserves de change du pays, alors estimées à 1,358 milliards de dollars, et à soutenir l'appréciation du franc guinéen pour contrer l'inflation importée.
Cette politique s'inscrivait dans une démarche de normalisation visant à faire respecter les textes législatifs et réglementaires guinéens par les sociétés minières opérant dans le pays. Le gouverneur privilégiait néanmoins une approche pédagogique, cherchant d'abord le consensus avec la Chambre des Mines avant d'envisager des sanctions.
Gestion de Crises et Défis Économiques
Le mandat de Karamo Kaba a été marqué par plusieurs crises majeures. En décembre 2023, l'incendie du principal dépôt pétrolier de Kaloum a constitué un choc économique majeur, entraînant des perturbations dans l'approvisionnement en carburant et une flambée des prix des transports. Le gouverneur alertait alors sur les risques d'une inflation pouvant dépasser 15% à Conakry.
Face à cette situation, la BCRG a adopté une politique monétaire accommodante, baissant son taux directeur de 11,5% à 11% et réduisant le taux de réserves obligatoires de 15% à 13%, libérant ainsi l'équivalent de 5000 milliards de francs guinéens pour soutenir l'économie.
Engagement Régional et International
En septembre 2024, Karamo Kaba accède à la présidence du Comité des Gouverneurs des Banques Centrales de la Zone Monétaire de l'Afrique de l'Ouest (ZMAO), succédant à Yemi Cardoso, gouverneur de la Banque Centrale du Nigeria. Cette élection témoigne de la reconnaissance régionale de son expertise et de son leadership dans le domaine monétaire.
Positions sur les Grands Dossiers Nationaux
Karamo Kaba n'hésite pas à prendre position sur les dossiers structurels de l'économie guinéenne. En août 2024, il déclarait solennellement devant les conseillers nationaux : "Si nous ne réformons pas EDG, il n'y aura pas de refondation", pointant la gestion de l'entreprise publique d'électricité et les subventions aux carburants et à l'électricité comme causes profondes des difficultés budgétaires du pays.
Sur le dossier Simandou, le méga-projet minier, Karamo Kaba, en tant qu'ancien président du Comité technique de négociation, défend vigoureusement les termes de l'accord. En décembre 2025, il affirmait que les 15% de participation non dilutive de l'État, obtenus sans endettement, généreraient dès la première année d'exploitation environ 650 millions de dollars de revenus, ajoutant qu'en moins de dix ans, Simandou rapporterait autant que 65 années d'exploitation de la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG).
Controverses et Défis Récents
Le parcours de Karamo Kaba n'est pas exempt de controverses. En 2024 et 2025, plusieurs affaires ont éclaboussé la BCRG, notamment des accusations concernant la gestion de réserves d'or et des questions sur la transparence de certaines opérations. Le gouverneur a également dû faire face à une crise de liquidités en milieu d'année 2025, qu'il attribuait non pas à une crise de liquidité au sens strict, mais à une pénurie de billets physiques dans un contexte électoral marqué par l'incertitude.
Pour répondre à cette situation, la BCRG annonçait l'arrivée de nouveaux billets entre août et octobre 2025, avec des volumes importants : 500 milliards en août, plus de 1500 milliards en septembre, et 600 à 700 milliards en octobre.
Vision et Philosophie de Gouvernance
La philosophie de Karamo Kaba repose sur plusieurs piliers : le respect strict des lois et règlements, la lutte contre l'informel, l'amélioration du climat des affaires et l'adhésion aux meilleures pratiques internationales. Lors du Guinea Investment Forum de mars 2024, il soulignait que la Guinée ne souffrait pas tant d'un problème de financement que d'un problème de formalisation de l'économie.
Le gouverneur prône également une politique du "franc guinéen fort", considérant la stabilité monétaire comme un instrument essentiel de protection du pouvoir d'achat des Guinéens et de lutte contre l'inflation importée.
Conclusion
Karamo Kaba représente une génération de technocrates africains formés dans les meilleures institutions occidentales et revenus mettre leur expertise au service de leur pays. Son parcours à la tête de la BCRG, bien que controversé par moments, témoigne d'une volonté de modernisation et de normalisation du secteur financier guinéen. Entre succès dans la stabilisation monétaire et défis liés à la transparence institutionnelle, son mandat illustre les complexités de la gouvernance économique dans un contexte de transition politique.