Mohamed Lamine Bangoura est un magistrat guinéen et docteur en droit, connu pour avoir présidé la Cour constitutionnelle de Guinée de 2018 à 2021. Ancien vice-président de l'institution, il en prend la tête le 28 septembre 2018 dans un contexte de crise interne, après avoir conduit la destitution de son prédécesseur Kèlèfa Sall, une décision aussitôt entérinée par le président Alpha Condé. À la tête de la plus haute juridiction constitutionnelle du pays, il se distingue par un discours axé sur l'indépendance, la transparence et le renouveau institutionnel.
Toutefois, après le coup d'État de 2021, sa trajectoire prend un tournant dramatique : poursuivi par la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) pour détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux portant sur 20 milliards de francs guinéens, il est placé en détention à la maison centrale de Conakry en décembre 2022. Son procès s'ouvre le 18 février 2026, où il rejette en bloc toutes les accusations, se déclarant victime d'une injustice.
Introduction
Mohamed Lamine Bangoura est une figure marquante du paysage judiciaire guinéen. Docteur en droit, il accède à la présidence de la Cour constitutionnelle de Guinée dans des circonstances particulièrement tumultueuses, avant de se retrouver au cœur d'une affaire judiciaire retentissante qui cristallise les enjeux de la lutte contre la corruption dans le pays.
De vice-président à président de la Cour constitutionnelle
Avant de devenir président de l'institution, Mohamed Lamine Bangoura occupait le poste de vice-président de la Cour constitutionnelle de Guinée. C'est à ce titre qu'il prend une part active dans la fronde interne qui conduit, le 12 septembre 2018, à la destitution du président en exercice, Kèlèfa Sall. Ce dernier, connu pour avoir publiquement mis en garde le chef de l'État Alpha Condé contre toute velléité de modifier la Constitution lors de la prestation de serment présidentielle de décembre 2015, est déclaré en situation d'«empêchement» par ses huit collègues.
Le 28 septembre 2018, les conseillers de la Cour constitutionnelle élisent Mohamed Lamine Bangoura à l'unanimité comme nouveau président. «J'étais le seul candidat et par conséquent, à l'unanimité, j'ai été élu président de la Cour constitutionnelle», déclare-t-il alors, promettant de «restaurer la crédibilité» de l'institution. Sa nomination est confirmée par décret présidentiel du président Alpha Condé le 3 octobre 2018, avant son investiture officielle le 8 octobre suivant, dans l'enceinte de la Cour à Conakry, en présence de plusieurs présidents d'institutions républicaines.
Un mandat sous le signe du renouveau… et des controverses
Dès sa prise de fonctions, Mohamed Lamine Bangoura affiche des ambitions réformatrices. Il promet une «nouvelle ère» fondée sur des valeurs de collégialité, de transparence, d'indépendance et de respect mutuel. Dans ses vœux de fin d'année 2019, il décrit un chantier institutionnel vaste, comprenant notamment le renforcement organisationnel de la Cour et la formation humaine des équipes, illustré par un atelier tenu à Kindia.
Cependant, sa présidence reste entachée par les conditions mêmes de son accession au pouvoir. L'opposition guinéenne et une partie de la société civile contestent vigoureusement la destitution de Kèlèfa Sall, y voyant une manœuvre politique favorable au chef de l'État. Les manifestations de soutien à l'ancien président sont dispersées par les forces de l'ordre, et le corps diplomatique boycotte symboliquement la cérémonie d'investiture de son successeur.
Arrestation, détention et procès devant la CRIEF
Après le changement de régime consécutif au coup d'État militaire de 2021, la situation de Mohamed Lamine Bangoura bascule. En juillet 2022, le ministre de la Justice instruit le parquet de Conakry d'engager des poursuites judiciaires contre lui et plusieurs co-prévenus pour des faits présumés de corruption, enrichissement illicite, détournement de deniers publics, blanchiment d'argent, faux et usage de faux, et parjure.
Placé en détention à la maison centrale de Conakry le 15 décembre 2022, il y demeure incarcéré malgré une décision de liberté conditionnelle contestée par le procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Ses avocats dénoncent une violation flagrante de ses droits fondamentaux et saisissent la Cour suprême.
Le 18 février 2026, les débats s'ouvrent enfin devant la chambre de jugement de la CRIEF. À la barre, Mohamed Lamine Bangoura rejette catégoriquement les accusations de détournement portant sur 20 milliards de francs guinéens : «La Cour constitutionnelle que j'ai dirigée n'a jamais bénéficié d'un budget de 20 milliards. Ce montant n'a jamais existé à ma connaissance.» L'État guinéen, représenté par l'agent judiciaire, maintient pour sa part qu'il apportera les preuves de culpabilité dans les audiences à venir.
Le dossier, renvoyé au 23 février 2026 pour la poursuite des débats, reste l'un des plus emblématiques de la lutte anticorruption menée par les autorités de la transition guinéenne.