Mamadou Cellou Baldé est un acteur politique guinéen dont le parcours illustre les virages et tensions de la vie publique en Guinée. Originaire de Labé, il s’impose d’abord comme une figure influente de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), où il occupe le poste stratégique de coordinateur des fédérations de l’intérieur. Député uninominal de Labé, il devient l’un des cadres les plus visibles de l’opposition et un proche de son leader, Cellou Dalein Diallo.
Son trajectoire connaît toutefois des épisodes de tension avec les autorités de transition issues du coup d’État de 2021, marqués par des arrestations et des interrogations sur sa participation aux manifestations de l’opposition. En mars 2025, sa rupture avec l’UFDG devient officielle après des contacts non autorisés avec le président de la transition, Mamadi Doumbouya.
Le 29 juillet 2025, il opère un tournant décisif en rejoignant le gouvernement comme Ministre de la Jeunesse, suscitant débats et controverses sur ses choix politiques.
Introduction
Mamadou Cellou Baldé est une figure politique guinéenne dont le parcours illustre les complexités de la vie politique en Guinée. Ancien député de Labé et cadre influent de l'opposition, il occupe depuis juillet 2025 le poste de Ministre de la Jeunesse dans le gouvernement dirigé par le Premier ministre Amadou Oury Bah, sous la présidence du Général Mamadi Doumbouya.
Des origines dans l'opposition politique
Le parcours politique de Cellou Baldé commence au sein de l'Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), le principal parti d'opposition guinéen dirigé par Cellou Dalein Diallo. En tant que député uninominal de Labé, une région située dans le nord du pays, il représente cette circonscription à l'Assemblée nationale et s'impose rapidement comme un cadre important du parti.
Au sein de l'UFDG, Baldé assume des responsabilités stratégiques en tant que coordinateur des fédérations de l'intérieur du pays. Cette position lui confère une influence considérable dans l'organisation territoriale du parti et le maintien de ses structures à travers la Guinée. Son engagement aux côtés de Cellou Dalein Diallo semble alors indéfectible, comme en témoigne son discours de septembre 2024 où il prédisait avec confiance l'élection future de son leader à la présidence.
Une période de tensions avec le pouvoir
La relation de Cellou Baldé avec les autorités de transition connaît des moments difficiles après le coup d'État de septembre 2021 qui porte le Colonel Mamadi Doumbouya au pouvoir. En octobre 2022, il est interpellé par la gendarmerie et placé sous contrôle judiciaire. Les autorités l'interrogent sur sa participation présumée à des manifestations interdites en juillet de la même année, dans un contexte où l'opposition dénonce la répression des voix dissidentes.
Cette arrestation suscite une vive réaction des forces politiques guinéennes qui réclament sa libération immédiate, accusant la junte de museler l'opposition. Relâché après son audition, Baldé est néanmoins contraint de se présenter régulièrement au tribunal et de déposer son passeport, témoignant de la surveillance étroite dont il fait l'objet.
En août 2024, un nouvel épisode d'arrestation marque son parcours. Après avoir passé plusieurs mois à l'étranger, il est de nouveau interpellé par la gendarmerie et emmené vers une destination inconnue, alors qu'il est convoqué par une cour spéciale anti-corruption mise en place par la junte.
La rupture avec l'UFDG
Le tournant majeur dans la carrière politique de Cellou Baldé survient en mars 2025. Des rumeurs font état d'une rencontre entre lui et le président de la transition, Mamadi Doumbouya, sans l'approbation de son parti. Cette initiative personnelle est perçue par la direction de l'UFDG comme une transgression grave de la ligne politique du parti, farouchement opposé à toute collaboration avec la junte.
La réaction ne se fait pas attendre. Par décision officielle datée du 10 mars 2025, Cellou Dalein Diallo destitue Cellou Baldé de ses fonctions de coordinateur des fédérations de l'intérieur, le remplaçant par Abdoulaye Bah. Cette sanction marque une rupture définitive entre Baldé et son parti d'origine, ouvrant la voie à son rapprochement progressif avec les autorités de transition.
L'entrée au gouvernement
Le 29 juillet 2025, Cellou Baldé réalise un virage politique spectaculaire en intégrant le gouvernement comme Ministre de la Jeunesse. Sa nomination, pressentie depuis plusieurs mois, intervient lors d'un remaniement ministériel opéré par le président Doumbouya. Il succède à Keamou Bogola Haba, le portefeuille de la Jeunesse étant désormais séparé de celui des Sports.
Son installation officielle le 1er août 2025 se déroule dans une atmosphère solennelle, en présence du Secrétaire Général du Gouvernement et de membres du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD). Dans son discours, Baldé multiplie les éloges envers le Général Doumbouya, le qualifiant de "modèle pour la cohésion, la paix et la stabilité", et exprime sa gratitude envers le Premier ministre Amadou Oury Bah pour avoir proposé sa nomination.
Une nomination controversée
L'entrée de Cellou Baldé au gouvernement provoque un malaise profond au sein de l'UFDG et de ses sympathisants. Beaucoup y voient une trahison des valeurs fondamentales du parti et de son engagement contre la collaboration avec un régime non élu. Cette perception de compromission alimente les débats sur la crédibilité de l'opposition guinéenne et la cohérence idéologique de ses cadres.
Les militants de l'UFDG dénoncent ce qu'ils considèrent comme un opportunisme politique, rappelant que plusieurs de leurs dirigeants ont par le passé rejoint des régimes qu'ils combattaient. La nomination de Baldé, effectuée sans consultation interne préalable, est interprétée comme une ligne rouge franchie, remettant en question la capacité du parti à construire une alternance politique crédible.
Un nouveau rôle au service de la transition
Malgré les controverses, Cellou Baldé s'investit pleinement dans ses nouvelles fonctions. Il devient rapidement un promoteur actif de la nouvelle Constitution mise en place par les autorités de transition. Lors de la campagne référendaire de septembre 2025, il se distingue comme un orateur charismatique, capable de galvaniser les foules lors des meetings à travers le pays, notamment à Labé où il coordonne les activités préfectorales.
Son action à la tête du ministère se concentre sur la modernisation des politiques publiques destinées à la jeunesse. En novembre 2025, il pilote l'adoption de la Politique Nationale de la Jeunesse 2026-2035 lors d'un atelier organisé à Kankan, réunissant les directeurs préfectoraux et divers partenaires techniques. Cette politique ambitieuse vise à promouvoir l'éducation, l'emploi, l'entrepreneuriat et la participation civique des jeunes guinéens.
Pour ses efforts, Cellou Baldé reçoit le Prix du Grand Mérite décerné par la Coalition des Médias Publics et Privés, reconnaissance de son engagement en faveur de l'insertion professionnelle des jeunes après moins de cent jours à son poste.
Un parcours emblématique des contradictions politiques
Le parcours de Cellou Baldé reflète les tensions et les contradictions de la scène politique guinéenne contemporaine. De fervent opposant à la junte à ministre du gouvernement de transition, son évolution illustre la difficulté de maintenir une ligne politique cohérente dans un contexte de transition prolongée. Son histoire pose des questions essentielles sur la nature de l'engagement politique, la loyauté partisane et les compromis nécessaires à l'exercice du pouvoir en Guinée.