Le Docteur Maïmouna Bâ Maréga est une figure emblématique de la pharmacie et une figure de proue de l'élite intellectuelle ouest-africaine. Première femme guinéenne diplômée en pharmacie de l'Université de Paris en 1960, elle a joué un rôle historique en fondant la Faculté de Pharmacie de l’Université de Conakry et en dirigeant les structures pharmaceutiques nationales de la Guinée post-indépendance.
Contrainte à l'exil en 1972 vers la Côte d'Ivoire après l'assassinat tragique de son époux, le Dr Bocar Maréga, sous le régime de Sékou Touré, elle s'est imposée comme une entrepreneuse accomplie en fondant la première pharmacie de Toumodi puis en reprenant la Pharmacie de Cocody à Abidjan. Femme de science et de mémoire, elle est l'auteure de récits autobiographiques poignants visant à rétablir la vérité historique sur les purges politiques en Guinée, tout en restant une mentore respectée dont le nom baptise aujourd'hui les promotions de jeunes pharmaciens dans son pays d'origine.
Introduction
L’histoire de l’Afrique de l’Ouest contemporaine est jalonnée de destins exceptionnels qui ont su marier l’excellence académique, la rigueur professionnelle et un courage politique indomptable. Parmi ces figures de proue, le Docteur Maïmouna Bâ Maréga occupe une place singulière. Pharmacienne pionnière, bâtisseuse d'institutions et témoin privilégié des heures sombres de la Guinée de Sékou Touré, elle incarne la force d'une élite qui a su se reconstruire après l'exil pour continuer à servir.
Une formation d'excellence : De la Guinée à la Sorbonne
Née en 1933 à Boké, dans ce qui était alors la Guinée Française, Maïmouna Bâ est la fille de Madani Sabitou Bâ, un directeur d’école respecté, et de Fatoumata Sy. Son enfance est marquée par la mobilité géographique, suivant les affectations de son père à travers le pays : Siguiri, Dinguiraye, Dabola, puis Faranah. Cette immersion précoce dans les différentes régions de la Guinée forge son identité nationale.
Après avoir obtenu son certificat d'études primaires en 1947, elle intègre le Collège Moderne de garçons de Conakry (les structures pour jeunes filles étant encore limitées), d'où elle ressort avec son BEPC en 1951. Son parcours académique prend ensuite une dimension internationale. Elle s'envole pour la France, où elle poursuit ses études secondaires aux lycées de Pontoise et Hélène Boucher à Paris. En 1954, elle obtient son baccalauréat en « mathématiques élémentaires » avec mention, une prouesse pour une jeune femme africaine à cette époque.
Elle s'inscrit alors à la Faculté de Pharmacie de Paris. Durant six ans, elle y acquiert une expertise qui fera d'elle l'une des premières femmes docteurs en pharmacie d'Afrique de l'Ouest. En 1960, diplôme d'État en main, elle choisit de rentrer dans sa patrie, la Guinée, tout juste indépendante, pour participer à la construction du nouvel État.
Bâtisseuse du système de santé guinéen (1961-1972)
Le retour au pays en 1961 marque le début d'une carrière fulgurante. Maïmouna Bâ Maréga ne se contente pas d'exercer ; elle structure. Elle prend la direction de PHARMAGUINEE (la pharmacie d'État, ex-Rossignol) jusqu'en 1967, avant de devenir pharmacien-chef de l’hôpital Ignace Deen.
Cependant, son héritage le plus durable en Guinée reste son rôle dans l’enseignement supérieur. Entre 1969 et 1972, elle est la cheville ouvrière de la création de la Faculté de Pharmacie de l’Université de Conakry. En tant que Doyenne, elle élabore les programmes, fonde la bibliothèque et mène des recherches botaniques sur les plantes médicinales locales en collaboration avec des experts internationaux. Sa vision est claire : l'indépendance d'un pays passe par la formation de ses propres cadres de santé. Elle enseigne également aux futures sages-femmes et infirmiers, marquant de son empreinte des générations de praticiens.
La tragédie et l'exil : La résilience face à la dictature
La trajectoire ascendante de la famille Maréga est brutalement brisée par la dérive dictatoriale du régime de Sékou Touré. Son mari, le Docteur Bocar Maréga, brillant chirurgien, est arrêté et assassiné au sinistre Camp Boiro. Ce drame personnel s'inscrit dans une purge massive de l'élite intellectuelle guinéenne.
En 1972, face au danger imminent et pour protéger ses quatre enfants (Binta, Madani, Fodé et Baba Hady), elle prend la décision déchirante de fuir clandestinement son pays. Elle choisit la Côte d’Ivoire, terre d’accueil dirigée par Félix Houphouët-Boigny, pour recommencer à zéro.
[Image de la structure moléculaire d'un médicament essentiel]
Une seconde vie en Côte d'Ivoire : L'entrepreneuriat et le succès
Arrivée à Abidjan, le Dr Maréga fait preuve d'une résilience remarquable. Elle travaille d'abord comme assistante à la Pharmacie Notre-Dame de Treichville, puis gravit à nouveau les échelons pour devenir pharmacien-chef au CHU de Cocody (1973-1978).
L'esprit entrepreneurial de Maïmouna Bâ Maréga s'exprime pleinement lorsqu'elle se lance dans le secteur privé. En 1978, elle crée la toute première pharmacie de Toumodi, apportant un service de santé essentiel à cette localité. Quelques années plus tard, en 1984, elle rachète la prestigieuse Pharmacie de Cocody à Abidjan, qu'elle dirigera avec une rigueur exemplaire pendant des décennies.
En Côte d'Ivoire, elle ne se contente pas de réussir ses affaires ; elle s'intègre profondément au tissu social et professionnel, prônant les valeurs de paix et de dialogue chères au Président Houphouët-Boigny, qu'elle admire pour sa capacité à avoir bâti une nation stable.
Mémoire et Reconnaissance : Un héritage vivant
Sur le tard, le Dr Maréga a ressenti le besoin impérieux de témoigner. En 2019, elle publie son ouvrage "Mémoire d'une rescapée de la dictature de Sékou Touré" (Éditions NEI-CEDA). Ce livre n'est pas seulement un récit autobiographique, c'est un acte de salubrité publique pour contrer la "falsification de l'histoire" et honorer la mémoire de ceux qui, comme son mari, ont été éliminés.
La reconnaissance de ses pairs et de la jeune génération est à la mesure de son immense carrière :
- 2003 : Certificat de reconnaissance du Ministre de la santé de Guinée pour ses services rendus à la profession.
- 2015 : Décorée au rang de Chevalier dans l'Ordre National de Côte d'Ivoire.
- 2019 : Un hommage historique lui est rendu à Conakry. Les promotions sortantes de pharmacie des trois plus grandes universités guinéennes (205 étudiants) décident de baptiser leur promotion "Dr Maréga Ba Maïmouna".
Tableau récapitulatif du parcours de Maïmouna Bâ Maréga
| Période | Institution / Lieu | Rôle / Événement |
|---|---|---|
| 1954 - 1960 | Faculté de Pharmacie de Paris | Études et Diplôme d'État |
| 1961 - 1967 | PHARMAGUINEE (Conakry) | Directrice de la pharmacie d'État |
| 1969 - 1972 | Université de Conakry | Fondatrice et Doyenne de la Faculté de Pharmacie |
| 1972 | Guinée -> Côte d'Ivoire | Exil clandestin suite à la mort de son époux |
| 1973 - 1978 | CHU de Cocody (Abidjan) | Pharmacien-chef |
| 1978 | Toumodi (Côte d'Ivoire) | Création de la 1ère pharmacie de la ville |
| 1984 - Présent | Pharmacie de Cocody | Propriétaire et Directrice |
| 2019 | Littérature | Publication de ses mémoires |
Aujourd'hui, Maïmouna Bâ Maréga demeure une icône de la pharmacie africaine. Son parcours rappelle que si la politique peut détruire des vies et des carrières, la compétence, l'intégrité et la détermination finissent toujours par triompher. Elle reste une source d'inspiration pour les jeunes pharmaciens africains, les exhortant sans cesse à "redoubler d'efforts car seul l'effort paie".
Souhaitez-vous que je développe davantage la partie concernant son engagement pour la sauvegarde de la mémoire des victimes du camp Boiro ou que j'ajoute des éléments sur ses contributions à la recherche botanique ?